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MERCUTIO.

Ton esprit est comme une pomme aigre : il est à la sauce piquante.


ROMÉO.

N’est-ce pas ce qu’il faut pour accommoder l’oie grasse ?


MERCUTIO.

Esprit de chevreau ! cela prête à volonté : avec un pouce d’ampleur on en fait long comme une verge.


ROMÉO.

Je n’ai qu’à prêter l’ampleur à l’oie en question ; cela suffit : te voilà déclaré… grosse oie.

Ils éclatent de rire.

MERCUTIO.

Eh bien, ne vaut-il pas mieux rire ainsi que de geindre par amour ? Te voilà sociable, à présent, te voilà redevenu Roméo ; te voilà ce que tu dois être, de par l’art et de par la nature. Crois-moi, cet amour grognon n’est qu’un grand nigaud qui s’en va, tirant la langue, et cherchant un trou où fourrer sa… marotte.


BENVOLIO.

Arrête-toi là, arrête-toi là.


MERCUTIO.

Tu veux donc que j’arrête mon histoire à contre-poil ?


BENVOLIO.

Je craignais qu’elle ne fût trop longue.


MERCUTIO.

Oh ! tu te trompes : elle allait être fort courte ; car je suis à bout et je n’ai pas l’intention d’occuper la place plus longtemps.


ROMÉO.

Voilà qui est parfait.