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de nuit. Un jeune homme qui appartenait à la maison rivale, Roméo Montecchi, n’hésita pas, en dépit du danger, à pénétrer dans ce bal pour y poursuivre une dame qui lui tenait rigueur et dont il était épris. À peine fut-il entré dans la salle que Juliette, la fille d’Antonio, fixa les yeux sur lui et fut frappée de sa beauté. Roméo s’aperçut de l’impression qu’il avait produite sur la jeune personne ; bientôt il s’approcha d’elle et profita des libertés de la danse pour lui presser la main. Juliette répondit à la douce étreinte et avoua naïvement à Roméo sa tendre admiration. Roméo répliqua par la plus respectueuse protestation de dévouement, et, la fête étant terminée, se retira avec le reste des convives.

Dès cette soirée, Juliette ne songea plus qu’à Roméo, et Roméo, oubliant la cruelle pour laquelle il avait soupiré vainement jusque-là, ne rêva plus que de Juliette. Les deux amants cherchèrent à se rencontrer de nouveau. Roméo passait ses nuits seul, au péril de sa vie, sous les fenêtres de sa belle ; quelquefois même, l’imprudent grimpait jusqu’au balcon de sa chambre ; et là, sans être vu d’elle ni de personne, il pouvait la voir et l’entendre. Une nuit que la lune brillait, au moment où Roméo se préparait à son escalade, Juliette ouvrit sa fenêtre et l’aperçut :

— Que faites-vous ici à cette heure ? murmura-t-elle stupéfaite.

— Hélas, répondit Roméo, tout ce qu’il plaît à l’amour de m’inspirer.

— Et si vous étiez surpris, ne courriez-vous pas risque d’être tué ?

— Certainement ; mais il me sera doux de mourir près de vous, si je ne puis vivre avec vous.

— Jamais je ne m’opposerai à ce que vous viviez près de moi. Plût à Dieu que l’inimitié qui existe entre