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sa main, — pauvre prisonnier embarrassé de liens, — et vite elle le ramène en tirant le fil de soie, — tant elle est tendrement jalouse de sa liberté !


ROMÉO.

— Je voudrais être ton oiseau !


JULIETTE.

Ami, je le voudrais aussi ; — mais je te tuerais à force de caresses. — Bonne nuit ! bonne nuit ! Si douce est la tristesse de nos adieux — que je te dirais : bonne nuit ! jusqu’à ce qu’il soit jour.

Elle se retire.

ROMÉO, seul.

— Que le sommeil se fixe sur tes yeux et la paix dans ton cœur ! — Je voudrais être le sommeil et la paix, pour reposer si délicieusement ! — Je vais de ce pas à la cellule de mon père spirituel, — pour implorer son aide et lui conter mon bonheur.

Il sort.

Scène VIII.


[La cellule de frère Laurence.]


Entre frère Laurence, portant un panier.

LAURENCE.

L’aube aux yeux gris couvre de son sourire la nuit grimaçante, — et diapre de lignes lumineuses les nuées d’Orient ; — l’ombre couperosée, chancelant comme un ivrogne, — s’éloigne de la route du jour devant les roues du Titan radieux. — Avant que le soleil, de son regard de flamme, ait ranimé le jour et séché la moite rosée de la nuit, — il faut que je remplisse cette cage d’osier — de plantes pernicieuses et de fleurs au suc précieux. — La terre, qui est la mère des créatures, est aussi leur tombe ;