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quoi j’ébranlerais la caverne où Écho dort, — et sa voix aérienne serait bientôt plus enrouée que la mienne, — tant je lui ferais répéter le nom de mon Roméo !


ROMÉO, revenant sur ses pas.

— C’est mon âme qui me rappelle par mon nom ! — Quels sons argentins a dans la nuit la voix de la bien-aimée ! — Quelle suave musique pour l’oreille attentive (77) !


JULIETTE.

— Roméo !


ROMÉO.

Ma…


LA NOURRICE, derrière le théâtre.

Madame !


JULIETTE.

À quelle heure, demain, — enverrai-je vers toi ?


ROMÉO.

À neuf heures.


JULIETTE.

— Je n’y manquerai pas : il y a vingt ans d’ici là. — J’ai oublié pourquoi je t’ai rappelé.


ROMÉO

— Laisse-moi rester ici jusqu’à ce que tu t’en souviennes.


JULIETTE.

— Je l’oublierai, pour que tu restes là toujours, — me rappelant seulement combien j’aime ta compagnie.


ROMÉO.

— Et je resterai là pour que tu l’oublies toujours, — oubliant moi-même que ma demeure est ailleurs.


JULIETTE.

— Il est presque jour. Je voudrais que tu fusses parti, — mais sans t’éloigner plus que l’oiseau familier d’une joueuse enfant : — elle le laisse voleter un peu hors de