Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/264

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LA NOURRICE.

— Paix ! j’ai fini. Que Dieu te marque de sa grâce ! — Tu étais le plus joli poupon que j’aie jamais nourri ; — si je puis vivre pour te voir marier un jour, — je serai satisfaite.


LADY CAPULET.

— Voilà justement le sujet — dont je viens l’entretenir… Dis-moi, Juliette, ma fille, — quelle disposition te sens-tu pour le mariage ?


JULIETTE.

— C’est un honneur auquel je n’ai pas même songé.


LA NOURRICE.

— Un honneur ! Si je n’étais pas ton unique nourrice, — je dirais que tu as sucé la sagesse avec le lait.


LADY CAPULET.

— Eh bien, songez au mariage dès à présent ; de plus jeunes que vous, — dames fort estimées, ici à Vérone même, — sont déjà devenues mères ; si je ne me trompe, — j’étais mère moi-même avant l’âge — où vous êtes fille encore. En deux mots, voici : — le vaillant Pâris vous recherche pour sa fiancée (52).


LA NOURRICE.

— Voilà un homme, ma jeune dame ! un homme — comme le monde entier… Quoi ! c’est un homme en cire !


LADY CAPULET.

— Le parterre de Vérone n’offre pas une fleur pareille.


LA NOURRICE.

— Oui, ma foi, il est la fleur du pays, la fleur par excellence (53).


LADY CAPULET.

— Qu’en dites-vous ? Pourriez-vous aimer ce gentilhomme ? — Ce soir vous le verrez à notre fête ; — lisez alors sur le visage du jeune Pâris, — et observez toutes