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Entre Dercétas, apportant l’épée d’Antoine.

CÉSAR.

— Que signifie ceci ? Qui es-tu donc, toi qui oses — paraître ainsi devant nous ?


DERCÉTAS.

Je m’appelle Dercétas, — j’ai servi Marc-Antoine, l’homme le plus digne — d’être le mieux servi. Tant qu’il a pu rester debout et parler, — il a été mon maître et je n’ai tenu à la vie — que pour l’employer contre ses ennemis. S’il te plaît — de me prendre à ton service, ce que j’ai été pour lui, — je le serai pour toi ; si cela ne te plaît pas, — je t’abandonne ma vie.


CÉSAR.

Qu’est-ce que tu dis là ?


DERCÉTAS.

— Je dis, ô César, qu’Antoine est mort.


CÉSAR.

— L’écroulement d’une si grande existence aurait dû faire — un bien autre craquement. Le globe bouleversé aurait dû lancer — les lions dans les rues des cités, — et les citoyens dans les antres… La mort d’Antoine — n’est pas une catastrophe isolée : dans son nom tenait — une moitié du monde.


DERCÉTAS.

Il est mort, César, — mais non sous le glaive de la justice publique, — non sous un couteau soudoyé : c’est de sa propre main, — de cette main qui a écrit sa gloire dans ses actes, — qu’Antoine, avec le courage que lui inspirait le cœur, — s’est déchiré le cœur… Voici son épée, — je l’ai volée à sa blessure ; regarde-la, teinte encore — du plus noble sang.


CÉSAR.

Soyez tristes à votre aise, amis ! — que les dieux me