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main — je suis vaincu vaillamment… Maintenant, mon esprit s’en va : — je n’en puis plus…

Il expire.

CLÉOPÂTRE.

Veux-tu donc mourir, ô le plus noble des hommes ? — As-tu pas souci de moi ? Resterai-je donc — dans ce triste monde qui, en ton absence, n’est plus — que fumier ? … Oh ! voyez, mes femmes, — le couronnement du monde s’écroule… Monseigneur ! — Oh ! flétri est le laurier de la guerre, — l’étendard du soldat est abattu : les petits garçons et les petites filles — sont désormais à la hauteur des hommes ; plus de supériorité ! — Il n’est rien resté de remarquable — sous l’empire de la lune.

Elle s’évanouit.

CHARMION.

Oh ! du calme, madame !


IRAS.

— Elle est morte aussi, notre souveraine.


CHARMION.

Maîtresse !


IRAS.

Madame !


CHARMION.

— Ô madame, madame, madame !


IRAS.

Royale Égypte ! — Impératrice !


CHARMION.

Silence, silence, Iras !


CLÉOPÂTRE, revenant à elle.

— Je ne suis plus qu’une femme soumise — aux mêmes passions misérables que la laitière — qui fait la plus humble besogne… Je devrais jeter mon sceptre à la face des dieux injurieux — en leur disant que ce monde