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Scène XVI.


[Athènes. Dans le palais d’Antoine.]


Entrent Antoine et Octavie.

ANTOINE.

— Non, non, Octavie, pas seulement cela : — ce tort serait excusable, comme mille autres — de semblable importance ; mais il a engagé — une nouvelle guerre contre Pompée ; il a fait son testament et l’a lu — en public. — À peine y a-t-il parlé de moi ; quand forcément — il m’a dû un témoignage honorable, c’est froidement et à contre-cœur — qu’il me l’a rendu ; il m’a mesuré très-étroitement l’éloge ; — les meilleures occasions de me louer, il les a rejetées — ou ne les a saisies que du bout des lèvres.


OCTAVIE.

Ô mon bon seigneur, — ne croyez pas tout, ou, si vous devez tout croire, — ne vous irritez pas de tout. Jamais femme ne fut plus malheureuse que moi, — si cette rupture a lieu ! Être placée entre deux partis — et prier pour tous deux ! — Les dieux bons se moqueront de mes prières, — lorsque je leur dirai : Oh ! bénissez mon seigneur, mon mari ! — et qu’annulant ce souhait, je leur crierai tout aussi fort : — Oh ! bénissez mon frère ! Succès au mari, succès au frère, — une prière détruit l’autre ; point de moyen terme — entre ces extrêmes (15).


ANTOINE.

Douce Octavie, — que votre préférence incline vers le côté qui fait le plus — d’efforts pour la fixer. Si je perds mon honneur, — je me perds moi-même : mieux vau-