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théisme de la Renaissance remplissait ce monde. Non ! la légende ne mentait pas. Non ! l’Écriture ne mentait pas. Non ! la mythologie n’était pas un mythe. Non ! Platon ne mentait pas. Non ! l’antique dogme druidique ne mentait pas. Il y a place dans l’infini pour toutes les créatures de toutes les théogonies. « Il existe plus de choses en ce monde, Horatio, qu’il n’en est rêvé dans votre philosophie. » Au-dessus de nous, autour de nous, au-dessous de nous, circulent des milliers d’êtres qui nous regardent et que nous ne voyons pas. Ces êtres animent partout la création : gnomes et satyres, ils peuplent la terre ; nymphes, naïades et ondines, ils peuplent les eaux ; dieux lares et lutins, ils peuplent les maisons ; sylphes et salamandres, ils peuplent l’air et la flamme ; fées, ils peuplent l’éther ; esprits, ils peuplent l’atome ! Ces êtres forment une humanité supérieure qui voit plus loin que nous et qui sait plus que nous. Et nous, humanité cadette, nous n’aurions pas le droit de nous adresser à cette grande sœur ! Nous n’aurions pas le droit de l’évoquer, de la consulter, de la conjurer ! Triste tas de chair que nous sommes, il nous serait interdit, pour nos problèmes, d’appeler à nous ces lumineux auxiliaires ! Et non-seulement cet appel ne serait pas un droit pour nous, mais il serait un crime ! Et, pour punir ces invocations adressées aux esprits les plus purs, il faudrait dresser les bûchers !

C’est contre ces conclusions du législateur que le poëte proteste.

La loi condamne la féerie : Shakespeare la célèbre dans Le Songe d’une nuit d’été. La loi punit par le feu le magicien : Shakespeare le glorifie dans La Tempête.

Telle est la portée intime et, selon moi, jusqu’ici méconnue, de son œuvre.

Des arrêts alors souverains flétrissaient d’une réproba-