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n’avait pas été guérie dans les règles, et que le remède indiqué était contraire à toutes les formules. Bref, il appela la justice au secours de l’art. Élisabeth fut traduite devant les tribunaux, sous la prévention de sorcellerie. Mise à la question extraordinaire, elle avoua toute l’histoire et révéla les détails que je viens de raconter. Elle eut beau alléguer pour sa défense qu’elle n’avait consulté que de bons esprits et qu’elle n’avait fait que le bien, les juges furent impitoyables.

La malheureuse fut brûlée vive le 8 novembre 1576.


III


SYSTÈME DE SHAKESPEARE.


On le voit, la législation du seizième siècle ne faisait pas de distinction entre la magie noire et la magie blanche. Elle confondait dans la même réprobation le sorcier et l’enchanteur, celui qui servait le diable ou celui que la fée servait. Tout rapport avec un être invisible, quel que fût cet être, était puni de mort, et de quelle mort !

En présence de tous ces supplices qui font frémir l’insensible histoire, il était impossible que des âmes généreuses ne fussent pas émues. Quelques hommes courageux, déjà pleins de l’esprit moderne, entreprirent de battre en brèche une jurisprudence monstrueuse qu’appuyaient toutes les autorités divines et humaines. Un savant allemand, le docteur Wier, médecin du duc de Clèves, eut l’honneur de commencer cette polémique mémorable qui retentit par toute l’Europe. Il osa le premier affirmer que ces relations, prétendues coupables,