Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/75

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


une masse d’argent dont ils envoyèrent un morceau à la reine. Mais la précieuse drogue fut vite épuisée, et John Dee consacra désormais toutes ses études à retrouver la proportion exacte des éléments qui la composaient. C’est pour découvrir cette recette qu’il alla consulter les plus savants magiciens d’Allemagne et de Pologne. Mais la science des hommes fut impuissante, et John Dee dut recourir à la science des esprits. Alors eurent lieu ces mystérieuses séances dont Méric Casaubon a publié en 1659 le compte-rendu détaillé. John Dee s’enfermait avec son disciple Kelly et le magnétisait. Sous l’empire du fluide, Kelly voyait des esprits dans un morceau de cristal placé sur la table, et répétait à son maître ce que ceux-ci lui disaient. Ces esprits, de dignité diverse, appartenaient tous soit à l’ordre céleste, soit à l’ordre féerique. Tantôt, c’était l’ange Madini qui apparaissait et se réjouissait au nom du Christ. Tantôt, c’était un être, vêtu de blanc, couvert de cheveux blonds tombant sur ses épaules, qui disait : « Je suis Ariel, la lumière ; je suis la main de celui qui causa avec Esdras et le consola dans son affliction. » Tantôt, c’était un être appelé Nalsage, ressemblant au roi Édouard V, ayant une robe de soie blanche, un manteau d’hermine à glands verts, qui, une baguette à la main, dessinait sur une table de nacre cette inscription étrange :


H   E   R   I
I   D      3      S   A   1


John Dee passait tout un grand jour à chercher le sens de cette énigme. Mais, hélas ! c’était en vain. L’élixir, cet élixir prestigieux qui devait le faire plus puissant que l’empereur d’Allemagne et plus riche que le Grand Mogol, ce philtre du bien-être universel, il n’en pouvait re-