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vingt-neuf corps qui avaient été jeunes, qui avaient été beaux et qui avaient contenu des âmes !

Que sont devenues ces cendres ?

L’histoire sérieuse ne s’occupe pas de ces détails. Elle regarderait comme au-dessous d’elle de raconter trop minutieusement le monstrueux crime juridique qui inaugura le mariage de Jacques VI et d’Anne de Danemark. Que lui importe d’ailleurs la vie de ces trente personnes, hommes, femmes et filles du peuple ? L’histoire veut garder toute son émotion pour les malheurs des Stuarts. Elle vous peindra avec attendrissement ces infortunes extraordinaires. Elle vous fera remarquer tristement toute cette série de catastrophes inexpliquées : Henry, fils aîné de Jacques et d’Anne de Danemark, mort à vingt ans d’une maladie inconnue ! Charles, leur autre fils, décapité ! Jacques II, leur petit-fils, chassé d’Angleterre ! Charles-Édouard, leur arrière-petit-fils, vaincu à Culloden ! Tous leurs descendants décimés par l’exil ! Et l’histoire, dans sa sympathie pour les douleurs des enfants de Jacques d’Écosse, oubliera l’horrible sacrifice humain qui précéda leur naissance, et elle ne soupçonnera pas que ces douleurs en sont peut-être la mystérieuse expiation. Ah ! qui sait, en effet, ce que sont devenues ces cendres impérissables, dispersées aux quatre vents ? Qui sait si, se faisant miasmes impalpables, elles n’ont pas produit la fièvre putride qui enleva sitôt le jeune Henry ? Qui sait si, se mêlant à la boue de Londres, elles n’ont pas aspiré le sang de Charles Ier au pied de l’échafaud ? Qui sait enfin, si, devenues poussière, elles n’ont pas emporté dans leur tourbillon le proscrit Jacques II ?

Nous venons de voir quels étaient ceux que la superstition populaire dénonçait comme sorciers. Voyons maintenant ceux qu’elles désignait comme enchanteurs.