Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/366

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lonté humaine une marchandise. Il était échangé pour de l’or par des chrétiens, et entraîné dans des îles lointaines, pour accomplir, au son des lanières déchirantes, la besogne de la richesse et du luxe corrupteurs qui faisaient peser sur la tête de ses tyrans le joug prolongé de leurs misères. Ou bien il était mené à la boucherie légale, pour être mangé des vers dans les régions brûlantes où les rois firent leur première ligue contre les droits des hommes, et les prêtres leur premier trafic du nom de Dieu.

» Partout maintenant se montre la créature humaine parant la terre aimable de son âme et de son corps sans souillure, douée dès sa naissance de tous les instincts charmants qui éveillent doucement dans son noble sein les plus bienveillantes passions et les plus purs désirs. Elle poursuit désormais d’espérance en espérance le bonheur que donne à l’esprit vertueux l’inépuisable connaissance des biens humains. Les pensées qui surgissent chez elle en succession infinie l’ont douée de cette éternité intime qui défie les rides de l’âge. Et l’homme, qui jadis passait sur une scène transitoire comme un spectre voué à l’oubli, réside immortel sur la terre. Il a cessé maintenant de tuer l’agneau qui le regarde en face et de dévorer horriblement ses chairs mutilées, qui, pour venger les lois violées de la nature, produisaient dans son corps toutes les humeurs putrides et dans son âme toutes les mauvaises passions, toutes les folles idées, la haine, le désespoir et le dégoût, tous les germes de la misère, de la mort, de la maladie et du crime !

» Les créatures ailées, qui, dans les bois, mettent en musique toute leur vie, ont cessé de fuir l’homme ; elles se pressent autour de lui, et nettoient leurs plumes étincelantes sur les doigts que des petits enfants tendent complaisamment à ces camarades apprivoisées de leurs