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APPENDICE.





LA REINE MAB[1].


Quels prodiges que la Mort, la Mort et son frère le Sommeil ! L’une, pâle comme la lune qui s’évanouit là-bas, avec des lèvres d’un bleu livide ; l’autre, pourpre comme l’aurore, alors que, portée par la vague de l’Océan, elle trône rougissante sur le monde ; tous deux prodiges ineffables !

Est-ce donc la sombre Puissance dont l’empire est le noir sépulcre, qui s’est emparée de l’âme pure d’Yanthe ? Cette forme incomparable, que l’amour et l’admiration ne peuvent contempler sans battements de cœur, ces veines azurées qui serpentent comme des ruisseaux le long d’un champ de neige, ce contour adorable, beau comme un marbre animé, tout cela doit-il donc périr ? Faut-il que le souffle de la putréfaction ne laisse rien de cette

  1. Avant de fermer ce volume, nous tenons à citer ici, dans ses passages essentiels, l’œuvre capitale de Shelley, de ce poëte, trop peu connu de la France, qui fut à la fois l’ami et le rival de Byron. Le génie moderne ne saurait donner une plus magnifique conclusion au drame fantastique du Moyen Âge. Grâce à la vision de Shelley, la féerie finit dans une apothéose.