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y serions pas pris plus adroitement… Nonobstant cette autorité, je continuerai à écrire le nom du poëte : Shakspeare. Mais, que je nie trompe ou non, il est manifeste que lui-même l’écrivait : Shakspere. »

Ainsi, la fameuse orthographe : Shakspeare, qu’après Malone presque tous les éditeurs modernes ont acceptée, et que les plus grands écrivains de notre époque ont adoptée, cette orthographe a été désavouée, reniée publiquement par son inventeur. Elle est le résultat d’une méprise !… Le graveur s’est trompé ! Il a pris pour un a un signe d’abréviation ! C’est Shakspere, et non Shakspeare, que le poëte avait écrit !

Cependant, remarquons-le bien, bien que le poëte ait écrit : Shakspere, Malone continue de l’appeler Shakspeare. Pourquoi cette contradiction ? C’est qu’au fond de sa conscience, Malone n’est sûr d’aucune de ces deux orthographes. Il ne sait pas « s’il se trompe ou non. » Il reconnaît que l’auteur d’Hamlet écrivait son nom en l’abrégeant par un signe particulier. — Or, si le poëte abrégeait son nom, il a pu y retrancher plus d’une lettre, et alors le vrai nom n’est pas Shakspere, mais il n’est peut-être pas non plus Shakspeare.

Or, je le déclare, si c’est d’après les signatures manuscrites du poëte qu’il faut fixer l’orthographe de son nom, la certitude est impossible, car aucune de ces signatures ne se ressemble.

J’ai sous les yeux un fac-simile exact des six signatures écrites de la main du poëte ; et, pour que le lecteur juge la question par lui-même, je vais les analyser toutes l’une après l’autre :

Première signature (apposée à un volume de la traduction de Montaigne par Florio, 1603). Écriture courante très-ferme. Seules lettres distinctes dans le nom et dans le prénom : WILLM SHAKSPERE.

Seconde signature (apposée au document possédé par la corporation de Londres). Écriture très-serrée. Seules lettres distinctes : WILLIAM SHAKS P R.

Troisième signature (apposée au document possédé par Garrick et aujourd’hui perdu). Écriture plus serrée encore que la précédente. Seules lettres distinctes : WM SHAKSPR.

Quatrième signature (apposée à la première page du testament). Le papier étant usé, les lettres du prénom : WILLIAM, sont seules distinctes.