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montagnes. Là, tous passent la nuit dans d’agréables passetemps, et s’en reviennent le matin, rapportant des branches de bouleau et des rameaux d’arbres pour en orner leurs maisons. Mais le principal joyau qu’ils rapportent de là est l’arbre de mai, qu’ils ramènent chez eux en grande vénération de la façon que voici : ils ont vingt ou trente jougs de bœufs, chaque bœuf ayant un suave bouquet de fleurs attaché au bout de ses cornes ; et ces bœufs traînent l’arbre de mai, idole odieuse toute couverte de fleurs et d’herbes attachées par des cordes, et souvent peinte de diverses couleurs, que suivent en grande dévotion trois ou quatre cents personnes, hommes, femmes et enfants. L’arbre étant ainsi équipé, on le dresse de nouveau après en avoir décoré le faîte de mouchoirs et de drapeaux flottants ; on jonche le terrain autour de lui, on l’enlace de guirlandes vertes, on l’entoure de plantes et d’arbustes printaniers ; puis on se met à banqueter et à festoyer, à sauter et à danser tout autour, comme le faisait le peuple païen à la consécration de ses idoles. Et il n’y a à cela rien d’étonnant, car le grand seigneur qui préside à ces passetemps s’appelle Satan, prince de l’enfer. » (Stubbes’s Anatomie of Abuses, p. 109, édit. 1595.)

La poésie protesta contre ces prédications furieuses ; et Shakespeare n’hésita pas à rétablir sur son théâtre cette fête de mai, si violemment dénoncée par les puritains. Toutefois, en dépit de ses efforts, cette célébration de la première aurore printanière fut prohibée par le parti niveleur, lors de son triomphe. Elle est aujourd’hui tombée presque partout en désuétude.

(5) Une chanson, attribuée à Ben Jonson, et fort populaire au temps de Jacques Ier, dépeint en vers pittoresques les fredaines de ce Robin bon enfant, que Shakespeare a immortalisé sous le nom de Puck :

Par Obéron, le roi des esprits
Et des ombres dans la terre des fées,
Moi, le fou Robin, soumis à ses ordres,
Je suis envoyé pour assister aux jeux nocturnes.
    Les joyeuses cohues
    Que je rencontrerai
Dans tous les coins où j’irai,
    Je les présiderai,
    Et gai je serai,
Et je m’amuserai avec des ho ! ho !