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« Honorée Hippolyte, amazone redoutée, toi qui as tué le sanglier hérissé de faux ; toi qui, avec ton bras aussi fort qu’il est blanc, aurais réussi à faire de l’homme le captif de ton sexe, si Thésée, ton seigneur, né pour maintenir la création dans la hiérarchie que lui a assignée la primitive nature, ne t’avait ramenée dans les limites que tu franchissais, en domptant à la fois ta force et son affection ! ô guerrière ! toi qui donnes la pitié pour contrepoids à la vaillance, et qui, maintenant, je le vois, as plus de pouvoir sur Thésée qu’il n’en a jamais eu sur toi ; toi qui disposes de sa puissance et de son amour servilement suspendu à tes paroles ; précieux miroir des femmes ! demande-lui pour nous, qu’a brûlées la flamme de la guerre, l’ombre rafraîchissante de son épée ! »

(4) Cette célébration de la première matinée de mai dont parle ici Lysandre, était une coutume fort ancienne en Angleterre. Il en est fait mention dans les Contes de Canterbury de Chaucer, et dans beaucoup de documents antérieurs. La fête de mai, qu’on appelait May-day, était encore religieusement observée du temps de Shakespeare, non-seulement par les gens de la campagne, mais par la noblesse et par la reine. Nul doute que le jeune William, quand il demeurait chez son père, n’ait prit part bien souvent à cette fête poétique. La nuit qui précédait la première matinée de mai, tous les jeunes gens de Stratford, garçons et filles, partaient en bande et s’en allaient dans le bois voisin. Là, on passait la nuit à chanter, à danser et à s’embrasser, car il fallait se tenir éveillé jusqu’à l’apparition de l’aurore. Dès que le premier rayon de soleil jaillissait, chacun coupait une branche verte et s’en décorait : puis tous s’en revenaient à la ville, faisant cortége à l’arbre de mai, déraciné pendant la nuit, et rapporté triomphalement par un attelage de cinquante bœufs. Cet arbre, devenu une sorte de mât de cocagne, était dressé ensuite sur la grande place de la ville, et consacré par des chants et par des danses à la déesse des Fleurs. — Les puritains, contemporains de Shakespeare, attaquèrent avec violence cette fête, qui leur paraissait une profanation païenne et qui a, en effet, une origine celtique. On peut juger de leur dévote indignation par l’extrait suivant d’un livre intitulé : Anatomie des Abus, et publié à l’époque même où fut joué Le Songe d’une Nuit d’été :

« La veille du premier jour de mai, toutes les paroisses, toutes les villes, tous les villages se réunissent, hommes, femmes, enfants ; tous, en masse ou divisés par groupes, s’en vont, les uns aux bois et aux bosquets, les autres sur les collines et sur les