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Au temps de Shakespeare, Robin avait été depuis longues années rappelé par son père dans le pays des fées. Le gamin était devenu lutin. Mais il était encore si populaire que le poëte a voulu l’introduire dans le Songe d’une nuit d’Été sous le nom désormais immortel de Puck.

On le voit, le roi des fées se permettait d’avoir des bâtards ni plus ni moins qu’un dieu de la mythologie. Mais, si Obéron imitait aussi bien Jupiter, en revanche Titania n’imitait pas Junon. Elle n’était guère plus fidèle comme épouse que lui comme époux. Et, s’il faut s’en rapporter à certaine ballade scandaleuse de l’antique Écosse, ses amours avec Bottom n’ont pas été le premier coup de canif au contrat.

Écoutez l’histoire.

Par une belle journée d’été, vers la fin du treizième siècle, un jeune homme était couché à l’ombre d’un vieil arbre, sur la pente d’une des trois collines qui dominent les ruines de l’abbaye de Melrose, en Écosse.

Le vieil arbre, célèbre sous le nom de chêne d’Eildon, était hanté par les fées. Le jeune homme, non moins fameux sous le nom de Thomas le Rimeur, était hanté par les Muses.

Le jeune homme rêvait, et, pour trouver le couplet final d’une romance commencée, il écoutait chanter les oiseaux. Il cherchait le sens d’un air mystérieux qu’une grive et un geai fredonnaient au-dessus de sa tête, quand un spectacle singulier attira tout à coup son attention.

Il vit venir à lui une femme qui traversait la bruyère, emportée par le galop d’un cheval. Thomas distingua d’abord le cheval. C’était un magnifique genêt gris-pommelé qui rongeait un frein d’or et à la crinière duquel résonnaient soixante-neuf grelots d’argent.

La personne qui le montait semblait venir de la chasse.