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ceux qui en étaient quittes pour des coups ! Grose, dans son Provincial Glossary, parle d’une personne qui, étant allée à la recherche de la graine, fut traînée à terre par les esprits, frappée à coups redoublés, et laissa son chapeau dans la bagarre. « À la fin, elle crut avoir pris une bonne quantité de graine, qu’elle avait soigneusement serrée dans une boîte, mais, quand elle revint chez elle, elle trouva la boîte vide. » — C’est encore au milieu de cette nuit-là que tout être à jeun, assis sous le porche d’une église, pouvait voir les esprits de ceux qui devaient mourir dans la paroisse pendant l’année traverser le cimetière, précisément dans l’ordre où leurs corps devaient y être portés, puis marcher vers la porte de l’église et y frapper. L’auteur du Pandémonium raconte qu’une nuit, l’un de ceux qui veillaient sous le porche s’étant endormi, ses compagnons virent son esprit frapper à la porte de l’église, tandis que son corps restait étendu à côté d’eux. — Si une jeune fille voulait, cette nuit-là, savoir qui elle épouserait, elle devait être à jeun, et faire les préparatifs d’un souper, dans la principale chambre de la maison ; elle n’avait qu’à mettre sur la table une nappe blanche, du pain, du fromage et de l’ale, puis à ouvrir la porte qui donnait sur la rue, et à revenir s’asseoir. À minuit, le spectre de son futur époux entrait, marchait vers la table, y remplissait un verre, buvait à la santé de sa fiancée, saluait et se retirait. — Un autre moyen, que les jeunes Anglaises employaient encore pour faire surgir l’apparition de leur mari à venir, consistait à déterrer un morceau de houille trouvé sous la racine du plantain, et à le placer cette nuit-là sous leur oreiller. Elles étaient sûres en s’endormant de voir en rêve celui qui leur était destiné. Cet usage existait encore à la fin du dix-septième siècle. « L’été dernier, écrivait le chroniqueur Aubrey en 1695, la veille de la Saint-Jean-Baptiste, je me promenais accidentellement dans un pâturage derrière Montague-House. Il était midi. Je vis là environ vingt-deux ou vingt-trois femmes, la plupart bien vêtues, toutes à genoux, comme si elles étaient occupées à sarcler. Je ne pus d’abord apprendre ce que cela signifiait ; à la fin, un jeune homme me dit qu’elles cherchaient un certain charbon sous une racine de plantain afin de le mettre cette nuit sous leur chevet, et de voir en rêve leur mari. » — Les disputes que les fées et les démons avaient cette nuit-là produisaient leur effet dans toutes les cervelles humaines. Tous ceux qui dormaient alors étaient sûrs de faire les rêves les plus bizarres et les plus biscornus. Dans le Soir des Rois, Olivia, parlant de l’apparent égarement de Malvolio, dit qu’il est en proie à la folie de Midsummer. En appelant sa comédie féerique : Midsummer