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à la fin, épuisé de fatigue, il s’endormit sous un chêne. « À peine le sommeil s’était-il emparé de lui, à peine avait-il fermé les paupières, qu’il pensa voir un grand nombre de personnages magnifiquement vêtus qui dansaient sur d’antiques mesures autour de lui. En même temps, il entendit une musique si belle que, comparé à l’un de ces musiciens-là, Orphée, le fameux violon grec, eût été aussi infâme qu’un de ces harpistes gallois qui jouent pour un morceau de fromage et un oignon. Comme les plaisirs en général ne durent pas longtemps, de même ceux-ci finirent beau coup plus tôt que Robin ne l’eût voulu. Il s’éveilla de chagrin, et trouva près de lui un parchemin sur lequel étaient écrites les lignes suivantes en lettres d’or :

« Robin, mon unique fils et héritier,
Ne t’inquiète pas de savoir comment tu vivras :
Tu as reçu de la nature des qualités ingénieuses,
Auxquelles j’ajouterai d’autres dons.
Désire n’importe quoi, et tu auras ton désir.
Pour tourmenter les sots et les coquins,
Tu peux à ton gré te transformer
En cheval, en cochon, en chien, en singe.
Ainsi métamorphosé, aie grand soin
De ne t’en prendre qu’aux coquins et aux coquines ;
Mais aime ceux qui sont honnêtes,
Et secours-les en cas de besoin.
Fais cela, et le monde entier connaîtra
Les fredaines de Robin Bonenfant.
C’est de ce nom que tu seras appelé
Par les siècles futurs.
Si tu observes mon juste commandement,
Tu verras un jour le pays des fées.
Un mot encore ! Celui qui dira tes fredaines
Aura tous mes remercîments [1]. »

  1. Traduit d’un ouvrage fort rare du seizième siècle, qui fait partie de la bibliothèque de lord Egerton, et que M. Collier vient de réimprimer. Cet ouvrage est intitulé : Les joyeuses fredaines et les gaies plaisanteries de Robin Bonenfant.