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diques étaient apparues à Jeanne d’Arc sous le chêne de Bourlemont et lui avaient mis aux mains cette épée irrésistible que Vercingétorix avait brandie et avec laquelle la Pucelle reconquit la vieille Gaule.

Les fées avaient gardé là-haut ce don de prophétie que, sibylles, elles avaient eu ici-bas. Elles voyaient l’avenir ; elles connaissaient tous les secrets de la matière ; elles avaient, comme la marraine de Cendrillon, le privilège divin de dispenser le bonheur, et elles avaient, par-dessus le marché, cet autre privilége divin d’être dispensées du travail. Mais, remarquons-le bien, quoique placées dans une région supérieure à la nôtre, elles n’en étaient pas moins soumises aux passions, aux infirmités, aux défaillances de la créature. Bien que chaque jour de leur vie équivalût à une année de la nôtre, elles n’en étaient pas moins mortelles. Bien que leurs aliments fussent plus raffinés que les nôtres, elles n’en étaient pas moins obligées de se nourrir. Leur monde, si heureux relativement au nôtre, était encore un monde sensuel, après tout. Il ressemblait à cet Eden païen que les âmes étaient obligées d’abandonner après mille ans de séjour.

Largior hic campos æther et lamine vestit
Purpureo, solemque suum, sua sidera norunt.

Si, comme l’Élysée de Virgile, le pays féerique avait un air plus pur et un autre soleil que notre terre, il n’offrait pas à ses élus de nouvelles jouissances. Là, les grandes distractions étaient encore les récréations humaines : la musique, la danse et la chasse. Et telle était, assure-t-on, la prédilection des fées pour le plaisir de Diane, que, sortant de leur région, elles faisaient ici-bas des cavalcades périodiques afin d’essayer sur notre gibier leurs flèches enchantées. Alors ces transparentes chasseresses ressemblaient à ces ombres des héros troyens