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méchants et misérables. Et entre ces esprits, une haine, une lutte, une séparation éternelle, la damnation.

Ici la tradition sacrée laissait une lacune.

La tradition populaire remplit cette lacune.

Entre le bon ange et le mauvais, la Bible ne voyait rien ; la légende découvrit un être.

Cet être, ce fut la fée.

La fée devint l’intermédiaire entre l’ange et le démon.

Entre le ciel et l’enfer, la Bible avait fait le vide.

La légende combla ce vide en y jetant un monde.

Ce monde, ce fut la féerie.

La féerie fut le pont jeté entre le ciel et l’enfer.

La Bible faisait d’un côté la lumière, de l’autre, les ténèbres.

Entre la lumière et les ténèbres, la légende évoqua un crépuscule. Ce crépuscule fut la féerie.

La féerie touchait à la fois aux deux extrémités de la création. Par en haut, elle atteignait les astres ; par en bas, elle fouillait le centre de la terre.

De même que la race angélique et la race diabolique, la race féerique se classait hiérarchiquement. Plus l’esprit était dégagé de la matière, plus il était élevé. La fée planait dans l’éther, le sylphe volait dans l’air, le lutin gambadait sur la terre, le gnome serpentait dans la terre. Tous ces êtres s’étageaient par ordre de sentiment sur les degrés de l’échelle indéfinie qui monte du mal au bien.

Le gnome était méchant.

Le lutin était malicieux.

Le sylphe était doux.

La fée était bonne.

Le gnome était presque un démon ; la fée presque un ange.

La diversité des climats de notre globe maintenait