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sujet de te maudire. — S’il est vrai que tu aies tué Lysandre dans son sommeil, — déjà dans le sang jusqu’à la cheville, achève de t’y plonger, — et tue-moi aussi. — Le soleil n’est pas plus fidèle au jour — que lui à moi. Se serait-il dérobé ainsi — à Hermia endormie ? Je croirais plutôt — que cette terre peut être percée de part en part, et que la lune, — en traversant le centre, peut aller aux antipodes — éclipser le soleil en plein midi. — Il est impossible que tu ne l’aies pas tué. — Cet air spectral et sinistre est celui d’un assassin.


DÉMÉTRIUS

— C’est celui d’un assassiné ; et c’est celui que je dois avoir, — ainsi percé jusqu’au cœur par votre inflexible cruauté. — Vous pourtant, l’assassine, vous avez l’air aussi radieux, aussi serein — que Vénus, là-haut, dans sa sphère étincelante.


HERMIA

— Qu’a cela de commun avec mon Lysandre ? où est-il ? — Ah ! bon Démétrius ! veux-tu me le rendre ?


DÉMÉTRIUS

— J’aimerais mieux donner sa carcasse à mes limiers.


HERMIA

— Arrière, chien ! arrière, monstre ! tu me pousses au delà des bornes — de la patience virginale. Tu l’as donc tué ? — Cesse désormais d’être compté parmi les hommes. — Oh ! sois franc une fois, sois franc, fût-ce par amour pour moi : — aurais-tu osé regarder en face Lysandre éveillé, — toi qui l’as tué endormi ? Oh ! le brave exploit ! — Un ver, une vipère n’en pouvaient-ils pas faire autant ? — C’est bien aussi une vipère qui l’a fait ; car une vipère — ne pique pas, ô reptile, avec une langue plus double.


DÉMÉTRIUS

— Vous épuisez votre colère sur une méprise ; — je ne