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encore railler mon insuffisance ? — Vous m’outragez, ma foi ; sur ma parole, vous m’outragez — en me courtisant d’une manière si dérisoire. — Mais adieu ! je suis forcée d’avouer — que je vous croyais un seigneur de plus réelle courtoisie. — Oh ! qu’une femme, repoussée par un homme, — soit encore insultée par un autre !

Elle sort.



LYSANDRE

— Elle ne voit pas Hermia… Hermia, dors là, toi, — et puisses-tu ne jamais approcher de Lysandre ! — Car, de même que l’indigestion des choses les plus douces — porte à l’estomac le plus profond dégoût, — ou de même que les hérésies, que les hommes abjurent, — sont le plus haïes de ceux qu’elles ont trompés, — de même, toi, mon indigestion, toi, mon hérésie, — sois haïe de tous, et surtout de moi. — Et toi, mon être tout entier, consacre ton amour et ta puissance — à honorer Héléna et à être son chevalier.

Il sort.



HERMIA, se dressant

— À mon secours, Lysandre, à mon secours ! Tâche — d’arracher ce serpent qui rampe sur mon sein ! — Ah ! par pitié !… Quel était ce rêve ? — Voyez, Lysandre, comme je tremble de frayeur. — Il me semblait qu’un serpent me dévorait le cœur — et que vous étiez assis, souriant à mon cruel supplice. — Lysandre ! quoi ! éloigné de moi ! Lysandre ! seigneur ! — Quoi ! hors de la portée de ma voix ! parti ! pas un son, pas un mot ! — Hélas ! où êtes-vous ? parlez, si vous m’entendez ; — parlez, au nom de tous les amours ; je suis presque évanouie de frayeur. — Non ? Alors je vois bien que vous n’êtes pas près de moi : — il faut que je trouve sur-le-champ ou la mort ou vous. —

Elle sort.