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mia ? — Mais qui est ici ?… Lysandre ! à terre ! — mort ou endormi ? Je ne vois pas de sang, pas de blessure. — Lysandre, si vous êtes vivant, cher seigneur, éveillez-vous.


LYSANDRE, s’éveillant

— Et je courrai à travers les flammes, pour l’amour de toi, — transparente Héléna ! La nature a ici l’art — de me faire voir ton cœur à travers ta poitrine. — Où est Démétrius ? Oh ! que ce vil nom — est bien un mot fait pour périr à la pointe de mon épée !


HÉLÉNA

— Ne dites pas cela, Lysandre ; ne dites pas cela. — Qu’importe qu’il aime votre Hermia ? Seigneur, qu’importe ? — Hermia n’aime toujours que vous : soyez donc heureux.


LYSANDRE

— Heureux avec Hermia ? non, je regrette — les fastidieuses minutes que j’ai passées avec elle. — Ce n’est pas Hermia, mais Héléna que j’aime à présent. — Qui n’échangerait une corneille pour une colombe ? — La volonté de l’homme est gouvernée par la raison ; — et la raison dit que vous êtes la plus digne fille. — Ce qui croît n’est mûr qu’à sa saison. — Trop jeune encore, je n’étais pas mûr pour la raison ; — mais, arrivé maintenant au faîte de l’expérience humaine, — ma raison met ma volonté au pas — et me conduit à vos yeux, où je lis — une histoire d’amour, écrite dans le plus riche livre d’amour.


HÉLÉNA

— Suis-je donc née pour être si amèrement narguée ? — Quand ai-je mérité de vous cette moquerie ? — N’est-ce pas assez, n’est-ce pas assez, jeune homme — que je n’aie jamais pu, non, que je ne puisse jamais — mériter un doux regard de Démétrius, — sans que vous deviez