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ment les vers tragiques et patriciens ; là elles font antichambre dans des scènes séparées. Mais, quelque brusques que soient ces, changements, ils ne sont jamais arbitraires. Suivant une loi d’harmonie dont le poëte a le secret, les variations de la forme sont constamment d’accord chez lui, soit avec l’action, soit avec les caractères. Elles accompagnent toujours avec une admirable justesse la pensée du grand compositeur. Nous avons donc voulu, dans notre traduction même, noter ces importantes variations par un signe qui, tout en laissant au dialogue sa vivacité, indiquât au lecteur d’une façon très-apparente les soudaines transitions du ton, familier au ton lyrique. Ne pouvant donner le rythme du vers shakespearien, nous avons du moins tenu à en indiquer la coupe, nous avons, essayé de traduire le texte vers par vers, et nous avons mis un tiret — à chaque vers.

On sait encore qu’un certain nombre de pièces, comédies ou drames, publiées du temps de Shakespeare, avec son nom ou ses initiales, ont été déclarées apocryphes, simplement sur ce fait qu’elles n’ont pas été réimprimées dans l’in-folio de 1623. Nonobstant cette déclaration, nous les avons lues avec un soin scrupuleux, et, sans adopter entièrement l’avis de Schlegel, qui les range parmi les meilleures de Shakespeare, nous pouvons affirmer avoir reconnu dans plusieurs d’entre elles la retouche, sinon la touche, du maître. Pour que le lecteur puisse décider lui-même la question, nous les avons traduites, et elles forment le complément de notre ouvrage.

Une autre curiosité de cette édition, c’est de citer intégralement, dans des préfaces explicatives ou dans des appendices, les œuvres aujourd’hui oubliées qui ont été comme les esquisses des chefs-d’œuvre de Shakespeare. En effet, l’auteur d’Hamlet pensait sur l’originalité de l’art comme l’auteur d’Amphitryon et comme l’auteur du