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HAMLET.

L’arme empoisonnée dans ma main ! — Alors, poison pour poison. Meurs, damné scélérat. — Tiens, bois ! Voici qui nous unit tous deux ! tiens !

Le roi meurt.



LÉARTES.

Oh ! il a ce qu’il mérite ! — Hamlet, avant que je meure, tiens, prends ma main — et en même temps mon amitié : je te pardonne !

Léartes meurt.



HAMLET.

Et moi aussi ! Oh ! je suis mort ! Horatio, adieu.


HORATIO.

Non ! je suis plus un Romain antique — qu’un Danois. Il reste encore ici du poison.


HAMLET.

Au nom de notre amour, je te somme de le jeter. — Oh ! fi, Horatio ! si tu meurs, — que de calomnies tu laisseras après toi ! — Quelle langue pourra dire l’histoire vraie de nos morts, — si ce n’est d’après ton récit ? Oh ! le cœur me manque, Horatio. — Mes yeux ont perdu la vue, ma langue la parole : adieu, Horatio ! — Le ciel reçoive mon âme !

Hamlet meurt[1].


Entrent Voltemar et les Ambassadeurs d’Angleterre. Entre Fortinbras avec sa suite.



FORTINBRAS.

Où est ce spectacle sanglant ?

  1. Ici s’arrête le texte de l’exemplaire in-quarto, appartenant au duc de Devonsshire, qui a servi à notre traduction. La dernière page de cet exemplaire manquant, on n’aurait jamais connu les derniers vers du premier Hamlet, si un hasard n’avait fait découvrir en 1856 un second exemplaire de l’édition de 1603, qui contient la dernière page de l’œuvre primitive de Shakespeare. C’est cette découverte qui nous met à même d’achever jusqu’au bout notre traduction. — Habent sua fata libelli.