Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 1.djvu/121

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leur suaire, pourquoi le sépulcre — où nous t’avons vu enterré en paix — a desserré ses lourdes mâchoires de marbre — pour te rejeter dans ce monde ! Que signifie ceci ? — Pourquoi toi, corps mort, viens-tu, tout couvert d’acier, — revoir ainsi les clairs de lune — et rendre effrayante la nuit ? Et nous, bouffons de la nature, — pourquoi ébranles-tu si horriblement notre imagination — par des pensées inaccessibles à nos âmes ? — Dis, parle, pourquoi ? que veut dire cela ?


HORATIO.

Il vous fait signe, comme s’il avait quelque chose — à vous communiquer, à vous seul.


MARCELLUS.

Voyez avec quel geste courtois — il vous appelle vers un lieu plus écarté. — Mais n’allez pas avec lui.


HORATIO.

Non, gardez-vous-en bien.


HAMLET.

Il ne veut pas parler ici ; alors, je veux le suivre.


HORATIO.

Eh quoi ! monseigneur, s’il allait vous attirer vers les flots — ou sur la cime effrayante de ce rocher — qui s’avance au-dessus de sa base dans la mer ? — et là prendre quelque autre forme horrible — pour détruire en vous la souveraineté de la raison — et vous jeter en démence ? Songez-y.


HAMLET.

Il m’appelle encore… Va, je te suis.


MARCELLUS.

Vous n’irez pas, monseigneur.


HAMLET.

Pourquoi ? Qu’ai-je à craindre ? — Je n’estime pas ma vie au prix d’une épingle. — Et, quant à mon âme, que