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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/745

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Et sa douce âme me demandera des fleurs
Et je lui donnerai des fleurs ;
Mais je ne voudrais pas que sa douce âme
Me demandât à boire,
Car on ne peut donner aux morts à boire que des larmes.
Et sa douce âme voudra regarder la maison et les enfants.
Pour voir s’ils sont toujours les mêmes.
Et je lui montrerai la maison et les enfants,
Puisqu’ils sont demeurés les mêmes ;
Mais je ne voudrais pas que sa douce âme
Me demandât de lui montrer mon visage,
Car les morts voient très bien,
Et il verrait mon visage douloureux.
Ah ! si sa douce âme venait frapper à ma porte, le soir,
Il faudrait pouvoir lui dire :
Tout va bien dans mon cœur et sur mon visage ;
Je t’ai oublié,
Va te rendormir, puisque les morts ne doivent pas pleurer.
Tout va bien.
Et sa douce âme reprendrait le chemin de la tombe
Sans regarder en arrière ;
Et sa douce âme ne se lèverait plus
Pour venir frapper le soir à ma porte.

Le soleil s’est caché derrière les saules,
Les saules ont frémi d’avoir caché le soleil.


Le collier de larmes[1].


Le cobzar[2] a chanté à ma porte
Et j’ai écouté sa chanson.
Et je lui ai dit : chante encore.
Mais le cobzar ne sait qu’une chanson.

L’enfant voulait se faire un beau collier d’argent.
Qui brillât comme la lune et la rivière
Sous les yeux de la lune.
Elle demanda à la rivière : Me donnes-tu ton flot ?
Elle demanda à la lune : Me donnes-tu ton regard ?
Et la lune a dit : La nuit a besoin de mon regard.
Et la rivière a dit : La plaine a besoin de mes flots.

  1. Extrait du recueil : Le Rhapsode de la Dîmbovitsa.
  2. Le cobzar est le joueur de mandoline ; on l’appelle aussi, dans les villages roumains, le lutariu.