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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/741

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Venus là pour ronger les morts,
Et dans l’ardente chevauchée,
Ainsi qu’une moisson fauchée
Tombent les braves et les forts !

Faut-il que pour eux seuls la gloire
Fasse frissonner l’étendard ?
De leur radieuse victoire
Ne veux-tu pas aussi ta part ?
Ah ! sois jaloux de leur extase :
Après le coup qui les écrase,
Le cœur de triomphe rempli,
Ils tombent tous sans que rien souille
Leur armure qui craint la rouille,
Leur nom qui redoute l’oubli !

Sais-tu que vos pieds l’ont foulée,
La terre où dorment les aïeux.
Et que le bruit de la mêlée
A troublé leur sommeil pieux ?
Et songeant aux vieilles alarmes,
Ils sont accoudés sur leurs armes.
Pour voir d’autres lauriers fleurir,
Pour voir, de leurs demeures sombres,
Si l’on songe à leurs grandes ombres,
Et si comme eux l’on sait mourir !


La cloche pour les morts[1].


La cloche pour les morts a retenti ce soir.
Qui donc s’en est allé dans la tombe attirante ?
Quel sombre dédaigneux de la vie, âme errante ?
La cloche pour les morts a retenti ce soir.

C’est mon cœur que l’on doit enterrer, ce me semble ?
Par cette froide nuit où le calme descend.
Aussi bien il avait besoin, ce cœur qui tremble.
De la mort apaisante et de l’oubli puissant.

Dans le linceul des désirs morts et des chimères,
Après les durs combats, repose en paix, mon cœur.
Dors au sein du carnage ainsi qu’un fier vainqueur.
Parmi les combattants des aubes éphémères.
Après les durs combats, repose en paix, mon cœur !

  1. Extrait de L’Âme sereine (1896).