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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/644

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chrestomathie française

Et aux pierres qui blesseront,
De leur rage, mon front.
Je demande que l’on accable
Ce corps chargé de sa faute implacable
Et qu’on en jette, après mon supplice fervent,
La loque humaine aux quatre vents !

Les moines sont parvenus à enfoncer la porte et à saisir Dom Balthazar. Ils l’amènent et le jettent à genoux devant le Prieur ; aussitôt celui-ci s’adressant à la foule.


LE PRIEUR

Sortez tous !

Des moines poussent la foule vers
la porte du temple.

Balthazar appartient à la foudre divine.


LE PRIEUR, (parlant devant les moines seuls)

Ô moine Balthazar,
Tu t’es moqué de Jésus-Christ,
Qui veut le repentir dans le silence,
Tu as rompu avec tes bonds de violence,
La règle sainte et le claustral[1] esprit ;
La vie humble en ton cœur s’est défleurie ;
Tu es aveugle et sourd, ainsi qu’un bloc de fer,
Puisque tu n’as pas vu en quelle ivrognerie
D’âme, tu viens de te traîner vers ton enfer.


DOM BALTHAZAR

Mon Dieu ! Mon Dieu !


LE PRIEUR

Couvre à présent, de Le sang dont tu couvris ton père
Couvre à présent, de ses taches rouges, nos murs.
Tu es la bête et tu voulus que ton repaire
Fût parmi nous, pour que nos murs fussent impurs !


DOM BALTHAZAR

Mon Dieu ! Mon Dieu !


LE PRIEUR

Je t’avais désigné pour être à Écoute :
Je t’avais désigné pour être à mon départ
Vers Jésus-Christ, là-haut, celui qui, dans la route,
Marcherait après moi et reprendrait ma part
D’efforts et de soucis et de traverses graves.

  1. L’esprit du cloître, dérivé de claustrum, par le latin d’Église claustralis.