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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/630

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chrestomathie française

Qui sonne dans les cors l’hallali[1] de l’amour !

Mais la chasse soudain s’arrête au carrefour,
Tout le monde se range et fait place
Et fait le signe de la croix,
Et c’est la Mort qui passe
Sur ses sabots de bois.



Œuvres à lire de Grégoire Le Roy (van Melle, Gand ; Vanier, Paris ; Société du Mercure de France, Paris ; Lamertin, Bruxelles, éditeurs) : La Chanson d’un soir (1886) ; Mon cœur pleure d’autrefois (1889) ; La Chanson du Pauvre (1907) ; La Couronne des soirs (1911) ; Le Rouet et la Besace (1912). — Critiques à consulter : Désiré Horrent, Les Lettres belges dans la Belgique d’aujourd’hui (1904) ; Henri Liebrecht, Histoire de la littérature belge d’expression française (1910).




ÉMILE VERHAEREN

Né à Saint-Amand (Flandre) en 1855.

C’est le poète le plus original, le plus varié et le plus puissant de la Belgique ; c’est même le plus complet des poètes actuels de langue française. À ses débuts, sous l’influence du naturalisme de Zola et de Maupassant, il écrivit des vers d’un réalisme un peu cru où revivait le tempérament savoureux des peintres coloristes de la Flandre. Depuis lors, il s’est tourné vers le symbolisme et son génie s’est magnifiquement épanoui. Il possède à la fois le sens affiné du mystère, l’énergie dominatrice et tempétueuse du sentiment, la puissance expressive du verbe. L’universalité de ses impressions est remarquable ; il a une âme multiple, vibrant à tous les spectacles de la nature ou de la vie et qui pénètre dans l’Inconnaissable. Son œuvre considérable rappelle celle de Victor Hugo par la merveilleuse variété des thèmes poétiques. Elle traduit les grandes visions épiques, qui se déroulent tumultueusement comme des rafales gigantesques, et elle exprime le lyrisme le plus attendri dans des vers délicats et charmants ; elle est chantante comme la musique et expressive comme la peinture. Traduite aujourd’hui dans la plupart des langues de l’Europe, elle va porter au loin la gloire du maître qui a si bien su chanter la Vie et ce qu’il appelle la splendeur humaine. Malgré ses profondes sympathies pour la France et les influences qu’il y a subies, Verhaeren est un poète très personnel et vraiment belge. Aucun autre ne peut donner une idée aussi complète de ce qu’il y a de remarquable et de frappant dans l’âme neuve de la Jeune Belgique. Mais il est mieux encore qu’un écrivain national : Français par sa culture, Flamand par son imagination, il est surtout humain par son esprit ouvert sur tout le monde. C’est un poète créateur, dont le génie noble et pur plane au-dessus des milieux littéraires, et des écoles. Il a apporté à la poésie française des frissons nouveaux et des émotions nouvelles.

  1. Sonnerie qui indique, à la chasse à courre, que la bête vient de se rendre.