Ouvrir le menu principal

Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/63

Cette page n’a pas encore été corrigée


BÉRANGER 41
Vingt fois pourtant, on me verrouille
Dans les cachots, de par le roi ;
De mon seul bien on me dépouille.
Vieux. Vagabond, le soleil est à moi.
Le pauvre a-t-il une patrie ?
Que me font vos vins et vos blés,
Votre gloire et votre industrie,
Et vos orateurs assemblés ?
Dans vos murs ouverts à ses armes
Lorsque- l’étranger s’engraissait.
Comme un sot j’ai versé des larmes.
Vieux vagabond, sa main me nourrissait.
Comme un insecte fait pour nuire.
Hommes, que ne m’écrasiez- vous ?
Ah ! plutôt vous deviez m’instruire
A travailler au bien de tous.
Mis à l’abri du vent contraire.
Le ver fût devenu fourmi ;
Je vous aurais chéris en frère.
Vieux vagabond, je meurs votre ennemi.
Les fous.
Vieux soldats de plomb que nous sommes.
Au cordeau nous alignant tous.
Si des rangs sortent quelques hommes
Tous nous crions : A bas les fous !
On les persécute, on les tue ;
Sauf, après un long examen,
A leur dresser une statue.
Pour la gloire du genre humain.
Ck)mbien de temps une pensée,
Vierge obscure, attend son époux !
Les sots la traitent d’insensée ;
Le sage lui dit : Cachez-vous.
Mais la rencontrant loin du monde.
Un fou qui croit au lendemain.
L’épouse ; elle devient féconde
Pour le bonheur du genre humain.