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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/622

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chrestomathie française


À sourire à son rêve encor,
Avec ses yeux de fiancée,
À tresser des feuillages d’or
Parmi les lys de sa pensée.



Le Bonheur[1].

Voici le Bonheur. Il vient sans bruit.
Il n’est jamais inattendu, lui.
Pour lui la table est toujours prête,
Et la lampe du soir, et la coupe de fête.
Ah ! que sont beaux les pas du bonheur !
Il vient comme un dieu voyageur.
Enguirlandez la porte de roses ;
Que parmi nous il se repose.
Il nous regarde, il a compris.
Il ne dit rien, il sourit.
Voici du pain, voici du vin,
Et voici des fruits du jardin.
Passant silencieux et doux,
Reste bien longtemps parmi nous.
Ne t’en va pas cette nuit.
Reste avec nous, cher hôte, oui.



Voix dans le matin[2].

La voix qui sous les feuilles profondes chantait là,
Cette nuit, qu’une inquiète et tendre âme exhala,
Voilant de son sourire sa frêle grâce atteinte,
S’en est allée avec cette âme qui s’est éteinte.
Son mystérieux frisson dans l’aurore a passé.
Elle parlait d’Enfance, d’Ailleurs et du Passé[3]
C’était une voix d’ombre ; maintenant elle est morte ;
Et voici que les brises amicales l’apportent
Jusqu’ici, dans ces jardins vaporeux et déserts,
Semblable au doux murmure des vagues de la mer,
Lorsqu’elle se meurt, au loin, sur le sable des plages.
Un souvenir de nuit divine, qui se propage

  1. Extrait de : Entrevisions.
  2. Extrait de : Entrevisions. C’est une pièce curieuse de vers impairs à treize syllabes, très rares en français.
  3. Les Symbolistes emploient toujours des majuscules pour personnifier les noms abstraits.