Ouvrir le menu principal

Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/598

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
576
chrestomathie française

Baignent de rayons mensongers
Leurs chairs de lys éclos dans l’ombre.

J’écoute, comme un vol d’oiseaux,
S’effarer leurs éclats de rire,
Et je crois voir au fond des eaux
Danser des figures de cire.

Projets de mon cerveau lassé,
Désirs aux bottes de sept lieues,
Caprices d’un soleil glacé,
Tulipes noires, roses bleues,

Ainsi vous naissez, trop petits,
Dans ce beau jardin de mensonges,
Enfants de mes fiers appétits,
Marionnettes de mes songes !



Œuvres à lire d’Albert Giraud (Lemerre, Vanier, Fischbacher, Paris, et Lacomblez, Bruxelles, éditeurs) : Pierrot lunaire (1884) ; Hors du Siècle (1888-1894) ; Les Dernières Fêtes (1891) ; Héros et Pierrots (1898) ; La Guirlande des Dieux (1910) ; La Frise empourprée (1912). — Critiques à consulter : Virgile Rossel, Histoire de la littérature française hors de France (1895) ; Georges Barral, Les Frances littéraires de l’Étranger (1900) ; Désiré Horrent, Écrivains belges d’aujourd’hui (1904).




VALÈRE GILLE

Né à Bruxelles en 1867.

L’école parnassienne compte en Belgique plusieurs représentants distingués. Valère Gille est, à notre avis, celui qui a porté au plus haut degré les qualités de l’école. Nourri de culture classique et avec cela très moderne, il a fait revivre les beaux mythes grecs et les grandes scènes antiques en des vers somptueux et souples, d’une belle allure artistique. Peu de poètes ont su, comme lui, donner de l’Hellade une transposition française aussi réussie. On dirait qu’une âme grecque s’exprime dans ses vers si lumineux et si attiques. Pour donner cette impression, il faut être un grand artiste. Depuis nombre d’années, il fait partie de la rédaction de La Jeune Belgique, où il défend les grandes traditions françaises avec un remarquable talent.

Crépuscule[1].

 
Entends-tu, dans la paix des campagnes, la caille ?
Hélios[2] a tourné vers l’ombre ses chevaux,

  1. Extrait de La Cithare (1887).
  2. Hélios ou le Soleil (chez les Latins Phœbus). Lorsqu’il sort le matin de son palais de cristal et de diamant, il monte sur son char, dont les quatre chevaux pleins de feu vont lui faire parcourir la route du ciel sur le Zodiaque.