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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/596

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chrestomathie française

Le marbre légendaire où vit leur souvenir
S’élève sur le seuil éclatant de l’histoire,
Et leur geste indigné traverse l’avenir.



Allégorie[1].

Je vois, dans un jardin frileux
Dont la fine ramure noire,
Sous des bourgeons roses et bleus,
S’orne d’un printemps illusoire,

Dans un grand jardin sérieux
Où, près des charmilles lassées,
Pleure en jets d’eau mystérieux
Le sang des fontaines blessées,

Au son de rebecs[2] maladifs
Et de frêles fûtes doussaines[3],
Un cortège d’enfants tardifs
Promenant leurs grâces malsaines.

Ils mêlent dans un carnaval
Tous les temps et tous les costumes :
L’un à pied, d’autres à cheval,
Ou dans des carrosses posthumes.

Enfançons[4] malingres, pliés
Sous leurs casques et leurs rondaches[5],
Plus petits que leurs boucliers
Et plus légers que leurs panaches !

Roitelets aux gestes hautains,
Minimes marquises espiègles
Portant à leurs poings enfantins,
Au lieu de perruches, des aigles.

Plus d’un Charlemagne exigu,
Qui s’embarrasse dans sa robe,
Joue, en riant son rire aigu,
Au bilboquet avec le globe.

  1. Extrait du recueil Les dernières Fêtes (1891). — L’allégorie est un discours figuré qui offre un sens caché sous le sens littéral, ou la personnification d’une idée abstraite. Comme Giraud explique le sens à la fin, sa pièce n’est plus une allégorie mais une comparaison.
  2. Ancien instrument à archet, monté de trois cordes.
  3. Diminutif et péjoratif de doux.
  4. Diminutif d’enfant (du latin populaire infantionem).
  5. Ancien bouclier rond des fantassins.