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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/595

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albert giraud

Qui traverse — en frôlant le thym
Qu’une fraîche rosée arrose —
Une fine poussière rose.



L’Escalier[1].

Sur le marbre de l’escalier,
Un léger froufrou[2] de lumière
S’irise en bleuâtre poussière,
Au tournant de chaque palier.

La Lune, d’un pas familier,
Fait, dans sa ronde coutumière,
Sur le marbre de l’escalier,
Un léger froufrou de lumière.

Et Pierrot, pour s’humilier
Devant sa pâle Emperière[3],
Prosterne la blanche prière
De son grand corps en espalier
Sur le marbre de l’escalier.



Les Tribuns[4].

Cette pièce est un sonnet : 2 quatrains et 2 tercets.

Le peuple a vu passer des hommes énergiques.
Au masque impérieux, chargé de volonté,
Parlant haut dans leur force et dans leur majesté
Pour tirer du sommeil les races léthargiques.

Jetant au vent du ciel des syllabes magiques,
Leur verbe qui vibrait d’une âpre charité,
S’emplissait, pour venger l’idéal insulté,
De glaives menaçants et de buccins[5] tragiques.

La foule a retenu leur nom mystérieux.
Et le lance parfois en échos glorieux
Dans l’acclamation d’une ardente victoire.

  1. Extrait de Pierrot lunaire.
  2. Onomatopée qui exprime le bruit de la soie légèrement froissée par un mouvement ; ici, il veut dire le scintillement de la lumière.
  3. Impératrice (du latin imperatricem) mot du moyen-àge tombé en désuétude. L’empérière ici, c’est la lune, parce que, dans les poésies françaises, Pierrot est un personnage de clair de lune.
  4. Extrait de Hors du siècle (1886). Cette belle pièce, qui rappelle par l’inspiration le souffle de Victor Hugo, est digne par la forme des sonnets de Heredia.
  5. Voir page 221, note 4.