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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/594

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chrestomathie française

Comme un lumineux archet blanc,
L’âme du violon tremblant.



Les cigognes[1].

Les cigognes mélancoliques,
Blanchâtres sur l’horizon noir,
Pour scander les rythmes du soir,
Font claquer leurs becs faméliques.

Elles ont vu les feux obliques
D’un grand soleil de désespoir,
Les cigognes mélancoliques,
Blanchâtres sur l’horizon noir.

Une mare aux yeux métalliques
Renverse, en son vague miroir,
— Où du jour qui vient de déchoir
Luisent les dernières reliques[2], —
Les cigognes mélancoliques.



Poussière rose[3].

Une fine poussière rose
Danse à l’horizon du matin,
Un très doux orchestre lointain
Susurre un air de Cimarose[4].

Phœbé[5], comme une blanche rose,
Se meurt dans le ciel incertain.
Une fine poussière rose
Danse à l’horizon du matin.

Devant un Cassandre[6] morose,
Fuit un falbala[7] de satin

  1. Extrait de Pierrot lunaire.
  2. Ce mot, qui ne s’emploie plus guère qu’en parlant des saints (les reliques d’un saint), est pris ici dans son sens laïque de restes, du latin reliquia.
  3. Extrait de Pierrot lunaire.
  4. Plutôt Cimarosa, célèbre compositeur italien (1749-1801).
  5. Phœbé, Selèné ou la Lune, la plus grande divinité sidérale après Phœbus ou le Soleil, son frère.
  6. Personnage ridicule de l’ancienne farce française : père trompé par ses enfants et berné par tout le monde.
  7. Sorte de volant garnissant jadis la jupe des femmes et, ici, une femme elle même.