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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/592

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chrestomathie française

Avec la liberté, la science et l’amour.
J’éclairerai les cœurs que les ténèbres rongent.
Je confondrai les dieux au fond de leurs mensonges.
Je montrerai comment ils se moquent, là-haut,
Des hommes accablés de peines et de maux
Et comment, en dépit des pieux sacrifices,
Ils laissent, en riant, redoubler leurs supplices.
Je ferai voir partout l’injuste et le méchant
Perpétrant ses forfaits sous leur œil indulgent.
Le monde qu’ils ont fait n’est que meurtre et que haine ;
Il y coule sans cesse un long fleuve de sang.
Du plus faible animal jusqu’à l’homme puissant,
Tous les êtres, obéissant
Au pouvoir des dieux qui les mène,
Se déchirent et se dévorent
Et font de la terre un charnier
Où, jusqu’à la mort du dernier,
Ils s’entr’égorgeront encore.
Telle est l’œuvre des dieux ; je la dénoncerai
Et l’homme frémira dans son cœur ulcéré.
Alors illuminé d’une effroyable aurore,
Éclatant en sanglots, il maudira les cieux
Et dira comme moi : Tout le mal vient des dieux !



Œuvres poétiques d’Iwan Gilkin (Fisbacher, éditeur, Paris ; P. Lacomblez, éditeur, Bruxelles) ; Stances dorées (1898) ; La nuit (1897) ; Le cerisier fleuri (1899) ; Prométhée, tragédie (1899). — Critiques à consulter : Fiérens-Gevaert, Journal des Débats (26 décembre 1899) ; Louis Dumont-Wilden, La Grande Revue (1er septembre 1901) ; J.-Ernest-Charles, Le Théâtre des Poètes (1910) ; Fabrice Polderman, La Vie intellectuelle (15 août 1911 et 15 août 1913) ; Abel Heumann, Le mouvement littéraire belge d’expression française depuis 1880 (1913).




ALBERT GIRAUD

Né à Louvain en 1860.

Dans sa première œuvre, Pierrot lunaire, il rappelle Théodore de Banville, dont il a la fantaisie pimpante, la verve spirituelle et la grande souplesse métrique. Dans d’autres, il fait songer à la fois à Théophile Gautier et à Heredia. C’est dire assez que sa valeur poétique est grande. Poète d’une réelle distinction, un peu hautain, à l’occasion légèrement guindé, il lui a manqué de sortir quelquefois de sa tour d’ivoire. Mais, comme artiste littéraire, il est remarquable, et ses vers parnassiens ont l’allure et la tenue des grandes peintures d’histoire. Il a su brosser avec la plus grande facilité de somptueuses fresques, pour évoquer les splendeurs du passé, surtout de la Renaissance. Dans quelques-unes de ses pièces, il a