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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/591

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iwan gilkin

Laisse-les à leur nuit qui hait le jour nouveau !
S’il est au milieu d’eux quelques âmes plus fières,
Elles sauront suivre nos pas.
Et nous, nous qui t’avons cherché partout, ô Père,
Reçois-nous dans tes bras.
Tu trouveras en nous des fils selon ton âme.
Souffle au fond de nos cœurs et reconnais ta flamme,
Toi l’éternel porteur de feu !
Altérés des secrets de la terre et des cieux
Nous boirons à longs traits comme un vin savoureux
Les fortes vérités dont ton esprit s’enivre.
Où l’aigle peut monter, l’aiglon saura le suivre,
Amoureux du soleil, ivre d’immensité
Et fou de liberté !
Prends-nous ! Fonde avec nous l’humanité nouvelle !
Tu verras s’incarner en elle,
Loin des tristes ingrats qui ne peuvent t’entendre,
Ta sublime pensée et ton cœur grave et tendre.


Prométhée

J’aime tous les humains, même les plus honteux,
Car leurs fils à vos fils seront, un jour, semblables.


Anticrate

Ils t’ont chassé. Vas-tu t’en retourner vers eux ?


Prométhée

Les dieux seuls ont tout fait ; les dieux seuls sont coupables.
Ô mes enfants, il faut arracher l’homme aux dieux !


Néogène

Comment t’y prendras-tu ? Les dieux sont redoutables.


Prométhée

L’invincible savoir démasquera leurs fables.


Néogène

Ils ont pour eux les lois, la foi, la sainteté.


Prométhée

J’ai pour moi la justice et j’ai la vérité.


Anticrate

Qui donc convaincras-tu ? Nul ne voudra te croire
Et tu verras passer les siècles, sans victoire.


Prométhée

Les siècles passeront, je lutterai toujours