Ouvrir le menu principal

Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/590

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
568
chrestomathie française



Anticrate

Ô race ingrate et lâche, où tout ce qui s’élève,
Pensée ardente, amour divin, sublime rêve
De liberté sacrée ou de paternité,
Est aussitôt proscrit par la brutalité !


Nêogène

S’il naît un homme fier, dans les fers on le traîne.
Des chaînes pour le penseur,
Des chaînes pour l’inventeur,
Des chaînes, des chaînes, des chaînes
Pour le libérateur !


Anticrate

Sont-ce là tes enfants ? Ah ! que tu les maudisses !
Que, sous les pieds des dieux despotes, à jamais
Ils croupissent
Dans leurs stagnantes lois comme au fond d’un marais !
Qu’un air empoisonné dessèche leur poitrine !
Que le brillant soleil au fond du ciel en deuil
Voile à jamais pour eux sa prunelle divine !
Ténèbres dans leur cœur ! Ténèbres dans leur œil !
Que les vents indignés soufflettent leur visage !
Que leur foyer s’éteigne au souffle de l’orage !
Puisqu’ils aiment le fer, puisqu’ils aiment le sang,
Qu’ils tombent égorgés sous les pieds des puissants,
Et que tes fils ingrats se ruant aux batailles,
Répandant sur le sol leurs sanglantes entrailles,
Disparaissent du monde et laissent ta bonté
Donner à l’univers une autre humanité !


Prométhée

Taisez-vous ! Taisez-vous ! Je les aime toujours !
Vos malédictions sont de tristes blasphèmes !
Aimons ! Il faut aimer ! Il faut que notre amour
Tente au moins d’élever jusqu’à lui ceux qu’il aime.


Olympos

C’est en vain que tu leur pardonnes.
Tu ne peux plus pour eux être ce que tu fus.
Abandonne à leur sort tous ceux qui t’abandonnent ;
Puisqu’ils t’ont renié, va, ne les connais plus !
À quoi bon désormais leur porter la lumière ?
Comment veux-tu qu’elle éclaire
Leurs opaques cerveaux ?