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Page:Sensine - Chrestomathie Poètes, Payot, 1914.djvu/581

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andré van hasselt

l’idiome prépondérant de la Belgique. Parlée par plus de trois millions d’habitants, elle reste la langue officielle. Sous prétexte que les Flamands sont plus nombreux que les Wallons, les nationalistes flamingants voudraient chasser le français de leur pays ; ils n’y ont pas réussi jusqu’ici : notre idiome est toujours, en Belgique, la langue supérieure, la langue de la haute culture et de la civilisation. On dirait même que l’hostilité flamingante, assez déraisonnable, semble-t-il, ait plutôt contribué à en fortifier l’influence dans la partie flamande du pays.

La littérature belge d’expression française compte au XIXe siècle de fort belles œuvres. Ses poètes, qui sont nombreux (et plusieurs même sont des Flamands francisés) peuvent rivaliser avec les plus grands talents de la France littéraire. Nous n’avons pu faire place ici qu’à quelques-uns d’entre eux ; bien que réduite, cette brillante pléiade soutiendra pourtant la réputation de la Belgique qui, après un sommeil de plusieurs siècles, a eu, pendant les quarante dernières années, une magnifique renaissance intellectuelle. Les poètes belges ne sont pas, comme on pourrait le croire, de simples satellites du soleil qui brille à Paris. De même qu’il y a une nation belge ayant ses mœurs et son idéal propres, il y a maintenant une littérature belge, d’une originalité indiscutable. Depuis que « les cloches du Nord se sont mises à sonner », comme dit le refrain d’une vieille légende wallonne, elles ont fait entendre une musique, à bien des égards nouvelle. Malgré l’imitation servile et le pastiche qui gâtent une partie des poètes belges, l’excellent historien français Camille Jullian a eu certainement raison d’écrire cette phrase décisive ; « Verhaeren, Maeterlinck, il n’y a pas à le nier, c’est autre chose que ce qu’il y a chez nous, et, à de certaines pages, c’est quelque chose de supérieur à nous ». Les poètes belges, tout en s’assimilant la culture française, ont gardé, pour la plupart, leur caractère national. Quelques-uns ont su allier la sensibilité wallonne à l’imagination flamande et produire des œuvres absolument remarquables. On ne saurait trop les féliciter d’avoir sur des pensers belges fait de si beaux vers français, unissant ainsi fraternellement la gloire de leur patrie à la gloire de la France.

Pour étudier le mouvement littéraire de la Belgique, consulter : Fritz Massin, Histoire de la littérature française en Belgique de 1815 à 1830 ; André van Hasselt, Essai sur l’histoire de la poésie française en Belgique ; Francis Nautet, Histoire des lettres belges d’expression française (1892) ; Iwan Gilkin, Quinze ans de littérature (1895) ; Virgile Rossel, Histoire de la littérature française hors de France (1897) ; Pol de Mont, Poètes belges d’expression française (1899) ; Georges Barral, Les Frances littéraires de l’Étranger (1900)) ; Louis Dumont-Wilden. Les lettres belges et la culture française dans La Grande Revue (1er septembre 1901) ; Victor Basch, Le Siècle (2 décembre 1901) ; Camille Lemonnier, La Vie belge (1905) ;