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Page:Segalen - Orphée-Roi.djvu/21

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suaire collant aux membres et au masque du héros.

Si la voix d’Orphée est perdue, il en demeure la pré-audition (on n’ose pas dire son écho) dans le monde des hommes. Orphée les fuyait en les tuant. Il est aidé de recueillir les grommellements qu’ils poussaient à son passage, et de suivre avant le chant le petit et faible cantique d’Eurydice avant l’extase… sa fierté d’avoir été suivie, sa joie naïve, sa jalouse puérilité de vierge toute donnée à un homme, — dit-elle ! Comme les transports de la Prêtresse-Ménade, pleine d’un rut qu’elle estime liturgique, — cette femme en amour de chair dont les accents, exaspérables par la musique, ne réclament pas absolument la musique pour se rythmer. Et aussi le personnage ambigu du Vieillard-Citharède, demi-chantre, demi-chanteur, centaure musical doué du savoir d’être attentif, d’écouter, mais non pas du pouvoir d’entendre. Ce pouvoir-là est réservé à l’Eurydice vraie, et pour peu de temps : un moment : celui de mourir évanouie.