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Page:Segalen - Orphée-Roi.djvu/20

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creusé d’Antres… La mise en œuvre dura plus de deux années. — Ce fut un temps non mesurable, marqué du seul rythme Intérieur.

Un jour, dans une lumière sonore dont le poète garde l’éblouissement, il entendit :


« … claire, triomphante en l’inaccessible lointain,
UNE VOIX CHANTANT

toute seule, singulière, avec de grands ébats sauvages… »


et le musicien se s’écrier : « Ce sera mon testament lyrique. » Il fallut accepter le mot testament, qui, dans le monde non chantant, le monde sourd, retentit à la mort. On put croire la mort devancée par le grand geste final d’Orphée assailli, lançant la lyre au-dessus du combat. La mort dans la vie, — qui n’est pas toujours un drame, — est survenue ici avant le chant. Des Ménades ont dépecé la voix même d’Orphée. Le drapé du langage imite moins un acteur en plein jeu que le