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Page:Segalen - Orphée-Roi.djvu/18

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Il faut écrire et maintenir : double élaboration, sans prétendre à l’œuvre commune. Œuvre est accomplissement, singulier s’il se réalise dans un art ; complexe mais harmonieux si deux modes sont donnés. Dans la collaboration authentique d’un musicien et d’un poète, on doit réclamer et subir le don de chacun. Or, ce qui se joue ici ne comporte que les mots sourds volontiers, les mots seuls, les mots sans plus du poète demeuré seul.

Voilà pourtant onze années que, d’un accord réfléchi, le poète ayant écrit en l’honneur secret du musicien :

« Orphée… Orphée ne fut pas un homme, ni un être vivant ou mort. Orphée : le désir d’entendre et d’être entendu. Le pouvoir dans un monde sonore… »

Le musicien répondit :

« Orphée ?… Celui de Gluck en représente le côté anecdotique et larmoyant. Le « monde sonore » est un domaine inexploré. Ne pensez-vous pas qu’il y aurait quelque chose d’inouï à faire entendre dans ce nouveau mythe, d’Orphée ? »

C’est de là que le germe grandit. De fréquentes causeries s’en suivirent, moins bavardes que taci-