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Térii se répéta : « bras levés, jambes droites… » Était-ce une posture d’ancien inspiré ? sans doute, et favorable au prodige : car le prodige se manifestait :

« Voici que le torse nu se durcit autant qu’un gros arbre. La peau devint écorce rude. Les pieds, divisés, s’enracinèrent dans le sol ingrat. Plus que tout homme le vieillard grandissait.

— E ara ! Téaé.

Ses deux bras devinrent dix bras. Puis vingt, puis cent, puis des centaines. Pour ses mains qui étaient mille, c’étaient mille feuilles palmées offrant aux affamés de beaux fruits inconnus.

— Ataé ! Téaé.

Les gens de Tahiti s’en rassasièrent, disant : cela est bon. Car cet arbre fut le Uru[1], qui depuis lors nourrit la grande île, et la presqu’île, et les terres au-dessous de l’horizon.

— Aué ! Téaé. »

Pourquoi donc, espérait Térii, ne pas tenter aussi quelque aventure prestigieuse, et se remettre en grâce auprès du peuple toujours accueillant aux faiseurs de prodiges ? — Quant aux prêtres, qui regardent d’un mauvais œil les exploits divins accomplis sans leur aide, on mépriserait leur ressentiment.

« Je me change en pierre », avait crié la voix sous

  1. Arbre-à-pain.