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— « Paofaï ! Paofaï Tériifataü ! Père ! Tu es Père et Arioï malgré tes promesses ! Eha ! l’homme qui a perdu la parole est ton fils ! Pourquoi l’as-tu laissé vivre, quand sa mère a mis bas ? »

Pomaré, cependant, ne tentait rien pour apaiser le peuple. Couvert par ses gens, il observait que l’erreur du haèré-po insultait à ses ancêtres, et présageait mal. En expiation de la faute, il dépêcha deux envoyés-de-mort vers un autre maraè.

Puis les vagues soulevées dans la foule irritée tombèrent. Les rumeurs devinrent confuses et lasses. Car Oro, cheminant sur le ventre du ciel au lieu le plus élevé de sa route quotidienne, alourdissait les gestes et abaissait les paupières. Ses regards pénétraient d’une torpeur les êtres vivants. Son haleine desséchait la terre grasse et humait la buée de la mer. Les esprits du dormir-le-jour voletaient dans les souffles d’air lent. L’île accablée, que seule affraîchissait la brise accourant du large, ayant assourdi ses tumultes, apaisé ses haines, oublié ses guerres et repu ses entrailles, s’assoupit.

Comme le jour tombait, l’on s’étira pour les danses. Alors des prêtres de haut rang s’inquiétèrent ; et ils haranguaient la foule : quoi donc ! on allait s’éjouir quand les atua, les chefs et la terre Atahuru supportaient cette insulte et toutes ces profanations :