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vers le corps. On le soutint par le dos : il fléchit comme un cadavre. Les pêcheurs de Matavaï redoublèrent leurs présents.

» Les étrangers descendirent au rivage. Ils étaient pâles, et parfois on les voyait enlever leurs chevelures. »

Fier de savoir, Haamanihi s’enthousiasmait à répéter ces Dires. Avec noblesse et vivacité, et par d’admirables gestes des épaules, de la tête, de toute sa personne, il évoquait les autres gestes accomplis, par d’autres hommes, jadis, durant d’autres saisons. Il attachait tous les regards. Son haleine était longue, sa langue agile, ses bras et ses épaules exercés à scander son discours. C’était un beau parleur.

Puis vint le tour de Térii à Paraürahi. La foule, repue, prêtait aux discoureurs une attention plus frémissante, et son éveil tumultueux inquiéta le haèré-po qui montait à l’épreuve. La chevelure jaunie de safran, le torse peint de lignes d’ocre, les jambes enduites de la terre jaune des fêtes solennelles, Térii gagna la pierre-du-récitant. Fléchissant les genoux, étendant les mains pour cadencer le dire monotone, les paupières fermées à demi, la tête relevée, la gorge tendue, il commença le récit depuis longtemps répété :

« Dormait Té Tumu avec une femme inconnue : De ceux-là naquit Tahito-Fénua.