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C’était l’aïeul de Pomaré. Il s’arrêta sur les plus bas degrés et rendit hommage à son jeune descendant. — L’autre considérait sans répondre, avec indifférence, le vieillard débile. Car « l’enfant en naissant », disent les Récits, « devient le chef de son vrai père et le père de ses ancêtres « . — L’homme chevrotant vacilla sur ses jambes et disparut dans la foule.

Cependant, les sourdes voix des maîtres Arioï achevaient le chant originel où l’on proclame :

« Arioï ! Je suis Arioï ! et ne dois plus, en ce monde, être père.

Arioï ! Je suis Arioï ! mes douze femmes seront stériles ; ou bien j’étoufferai mon premier-né, dans son premier souffle. »

Une troupe de desservants entoura l’autel. Ils présentaient les plus disparates offrandes : des féï roux et luisants ; des poissons crus à la chair appétissante, et d’innombrables cochons, qui, les pattes ligotées, grognaient en s’agitant par petits bonds sur le dos. Plusieurs des nobles animaux avaient les flancs rougeâtres : des Nuú-Hiviens crièrent au sacrilège ; car Témoana, grand-prêtre dans leur île, avait jadis échangé sa personnalité pour celle d’un cochon rouge. Dès lors, tous les rouges leur devenant tapu, ils réclamaient pour qu’on déliât ces parents à quatre pieds. Leurs murmures se per-