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accroché la chevelure divine : on aurait péché le dieu ! Des désastres s’en étaient suivis, jadis : Ruahatu avait noyé la race des hommes, hormis deux survivants ! — Mais il dormait, sans doute, l’atua plongeur, car la femme n’entrevit point les grandes épaules bleues.

Térii poursuivit sa route, interrogeant de très loin chaque enfoncement des eaux dans la terre. À perte de vue, les eaux étaient libres de navires Piritané. Il longeait Atahuru, puis Faà. Les collines se faisaient rocailleuses et le dévers des croupes arrondies, plus aride. Des plaques rouges dévoraient, ainsi qu’une lèpre, le flanc des versants. Alors, le vent régulier, brisé par les terres avancées, tomba. De petits souffles divers, inégaux et capricieux, ballottaient la pirogue. Tétua serra la natte dont les plis claquaient au hasard : — « Les étrangers sont envolés !» cria-t-elle. La dernière baie se découvrait vide ainsi que les autres. Néanmoins, comme Oro marquait le milieu chaud du jour, Térii sentit ses membres peser. Il pagaya vers le rivage, contemplant la vallée peu coutumière et le récif incertain qui venaient à lui.

Cette baie était petite, emplie d’air immobile qui n’affraîchissait pas les épaules. Les ruisseaux cheminaient sans abondance, et les hauteurs, trop voisines de la mer, empiétaient sur les plaines habitables. Elles n’avaient point la tombée lente — favo-